Drapeau
Récit de voyage à Boston
 (Jay)

28 mars – 10 avril 2025


    J’ai eu l’occasion de voyager dans de nombreux pays au cours de ma vie, notamment en raison de ma tâche dans la FC. Le dernier pays que je viens découvrir et ceci pour la première fois, ce sont les États-Unis : ‘‘America Last !”
Dollar
C’est ainsi que j’ai atterri dans “Trump's own Country”,
 autrefois dit : “God's own country” - “Le propre pays de Dieu”).

Mais est-ce vraiment le pays de Dieu ou simplement
le pays de l’argent-rois, God ou Gold ?
 “In gold we trust” -  “en l’or nous avons confiance”

Boston Aiport  

 Jay est venu me chercher à l’aéroport de Boston et nous nous sommes rendus à Everett, où Jay vit depuis sept ans dans un petit appartement réservé aux personnes âgées à faibles revenus (senior houses).
Jay partage depuis quelque temps son studio avec un jeune homme, mais qu’il en parle lui-même.





Jay nous raconte sa vie à Everett (Boston)



Everett

     Ce matin, j’ai trouvé un dicton. Je ne sais plus qui l’a prononcé : « On fait le tour du monde pour revenir à la maison. » Et Confucius a dit : « Où que tu ailles, vas-y avec ton cœur. » C’est très approprié.

    Depuis le début de mon long cheminement en tant que frère, je pense que j’ai toujours suivi mon cœur, mais c’était un cœur qui ne pensait que par lui-même et qui faisait face à tous les problèmes que j’avais. Et maintenant, je réalise : être ici, être à la maison, c’est toujours un cheminement. Je vis dans l’État où je suis né, mais pas dans la ville où je suis né. J’habite maintenant à Everett. Mon cœur a beaucoup grandi avec mes voyages, avec les frères avec qui j’ai vécu, dans différents pays, et avec les personnes rencontrées.
Immeuble
    Je suis à Everett depuis 2018 dans ce logement réservé aux “personnes âgées”. Les premières années, quand on me demandait mes impressions ? Je répondais avec humour : « Eh bien, c’est un peu drôle ; on se croirait comme dans un musée endormi, à minuit… », car la plupart des résidents ont de plus de 65 ans, sont fragiles ou malades, etc. Par conséquent, les échanges peuvent être limités. Au fil des années, j’ai appris à connaître mes voisins dans cette habitation de quatre appartements. Maintenant j’ai des contacts avec mes 4 voisins : celui d’en face originaire de St-Domingue ; à l’étage, c’est une Cap-Verdienne. Et puis, un homme d’origine irlandaise, mais qui a grandi à Everett, un personnage !, et moi, un autre personnage ! Il est donc important de comprendre ce contexte et cette histoire avant de parler de ma vie.

    C’est en 2017 que j’ai quitté le Mexique pour m’installer ici. Il n’y a plus de Fraternité aux USA et donc je ne vis pas avec d’autres frères, avec le soutien d’une communauté. Cette situation m’interroge sur mou-même : Qui suis-je aujourd’hui ? Qui suis-je, où vais-je ? Parfois, des gens vivent avec moi. Et cela devient une communauté. En fait, je prends le bus ou le métro ou le train pour aller voir ma sœur, qui est très malade, à environ une heure d’ici. Et j’ai tellement de conversations instantanées avec les gens que je rencontre, avec les sans-abri, avec les voyageurs, que je commence à les considérer comme ma communauté. Et c’est le cas ! J’apprends ainsi à connaître tellement de personnes différentes, et à me connaître à travers ces rencontres.

 Junio - Jay    En septembre 2024, revenant d’une visite chez ma sœur, j’attendais le train pour Boston. Il y avait un jeune homme, assis sur un banc, qui attendait lui aussi le train. Il m’a demandé : « Peux-tu surveiller mon sac ? », il voulait aller aux toilettes. J’ai remarqué qu’il y avait du papier hygienique dans son sac et d’autres petites choses. Du coup, j’ai compris que ce type était un sans-abri. À son retour, nous avons entamé la conversation et il m’a raconté qu’il est brésilien. Grâce à mon espagnol approximatif, à son brésilien et à un peu d’anglais, nous avons pu dialoguer. Je lui ai demandé : « Au fait, que fais-tu ? » et il a répondu : « Je vais à Boston à la recherche d’un emploi ». Un peu plus tard, j’ai réalisé qu’il dormait dans des immeubles depuis quelques mois. C’était l’été, mais l’hiver arrivait.
   
Avec générosité, je lui ai répondu : « Écoute, j’ai un petit appartement, et si tu veux, tu peux y passer deux nuits. » Et Junio a accepté. On est donc allé à Boston et, quand le train est arrivé, j’ai réalisé qu’il n’avait pas d’argent pour le ticket. Alors je lui ai donné un billet. Il a passé deux nuits chez moi, en cherchant dans les offres d’emploi et les médias. Il a trouvé du travail dans sa spécialité, pour la construction de maisons. Il a même pu louer un appartement.

     Puis novembre est arrivé, juste après Thanksgiving. Il a perdu son emploi et ne pouvait plus payer son loyer. Alors il m’a appelé et je lui ai dit : « Bon, reviens ! » Il est donc revenu fin novembre. Il est ici aux États-Unis sans aucun papier, il est donc l’un des nombreux immigrants “illégaux” comme on dit. (Il a dû payer 20 000 $ à un réseau mafieux pour entrer illégalement aux États-Unis. Et maintenant, il doit rembourser ses dettes).
     Pendant un temps, il a travaillé comme chauffeur, mais sans permis, et donc, il a eu des problèmes. Il a dû comparaître devant le tribunal. Maintenant, il n’a plus de travail, il n’a pas le droit de conduire. Même pour une voiture sans permis, il devra comparaître à nouveau devant le tribunal.
Famille
     Il dort sur un matelas dans le salon. J’ai un petit salon et une petite chambre (sans porte). Voilà la situation. Il vit dans cette situation précaire, avec sa famille au brésil : une femme et trois enfants. Et j’ai pu les connaître via WhatsApp. Toutes ces difficultés, le rende très insécur. C’est une forme de communauté exigeante que nous formons, une communauté très particulière. Il aura 23 ans ce mois-ci, et j’en ai 74 ! Vous pouvez imaginer, ce que je porte moi-même, au milieu de ces tensions.… C’est un défi pour moi : vivre ce que je suis et à la fois et porter la situation angoissante de cet ami imprévu. C’est le cœur de ma vie en ce moment.

     Mais cela n’affecte pas la routine de ma vie quotidienne, je continue à voir ma sœur ; je continue avec mes visites comme volontaire… C’est vraiment une période très riche ! La visite d’Andreas ramène la possibilité de partager avec un frère dans le concret de ma vie.



    Un autre aspect est essentiel à ma vie à Everett. 
 Philomène    À mon arrivée en 2017, le curé m’a offert une chambre. Un j our, j’ai entendu une femme parler français avec un accent.
 Elle est haïtienne et s’appelle Philomène. Je l’ai donc contactée et nous sommes devenus proches. Elle est religieuse associée et aumônière.

    Aujourd’hui elle travail dans une autre paroisse au Sud de Boston, où je l’accompagne le dimanche. Elle m’a demandé d’accompagner deux adultes pour les préparer à la confirmation. Je lui ai donc dit : « Je ne suis pas un professeur » Elle a répondu : « Non, non, tu peux tout simplement parler de ta foi. » Nous le faisons donc deux fois par mois. Je partage avec eux l’Évangile du dimanche. Je leur ai dit : « D’abord, nous lirons, puis nous partagerons comment nous le vivons. » Nous le faisons donc, et, bien sûr, nous racontons l’histoire de nos vies. Nous partageons. Et c’est très intéressant de faire cela avec des personnes très différentes.

    Cette amitié avec Philomène, les visites à ma sœur et mon engagement volontaire pour des personnes avec Alzheimer, tout cela m’aide à me sentir chez moi.



    Chez Jay, moi aussi j’ai pu me sentir chez moi : Dans une fraternité où nous étions trois à partager l’appartement. (Jay me laissait le lit ; Junio et Jay dormaient sur des matelas au sol). J’ai été très impressionné par la générosité avec laquelle Jay a accueilli Junio chez lui, et l’a aidé à affronter ses nombreux problèmes.

     La situation de Junio me fait ressentir de très près le sort des immigrés clandestins. C’est une histoire de millions de personnes. Et quelle détresse due à la séparation d’avec la famille, à l’exploitation, au fait d’être sans abri et sans droit qui te protège… On entend souvent parler du nombre des immigrés. Mais là, j’ai vu un visage et j’ai été touché de près par l’histoire concrète d’un jeune qui, presque tout le temps, veut rester en contact avec sa femme et ses trois enfants par Whatsapp. Qui est en recherche d’un travail pour finalement sortir de cette situation insupportable.
Trum et pouvoir
    La politique actuelle (pas seulement aux États-Unis !!) aggrave les catastrophes humanitaires des immigrés. Jay suit avec vivacité les événements de la politique. Il faut reconnaître à Trump, en tant qu’ancien showmaster, une chose : Il veille à ce que l’on ne s’ennuie pas grâce à des surprises permanentes. « The show must go on ! »

     Jay m’a beaucoup parlé de son histoire : le noviciat à Roquetas, les études à Fribourg, à Rome où il a étudié l’arabe et l’islamologie, Beni Abbes et New York, Ciudad Hidalgo et, finalement, de nouveau aux États-Unis : à Everett. Il a été particulièrement marqué par la période passée à Brooklyn, où il a été employé pour accompagner des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Il m’a partagé une expérience importante : Ces personnes vivent dans leur propre monde. Et elles ne peuvent plus entrer dans ton monde. Mais tu peux essayer d’entrer un peu dans leur monde.

     Jay m’a confié que la Fraternité l’avait beaucoup marqué à cet égard. Il a vécu avec des frères très différents. Les différences entre une culture et mentalité anglo-saxonnes et une culture et une mentalité franco-romaine lui semblaient aussi grandes que les distances entre les continents. Mais c’est justement là que se trouvaient le défi et la chance : ne pas rejeter l’étranger, mais porter et supporter la différence. Et avec le temps, l’apprécier de plus en plus.

 invitation d'une Amie
     Jay entretient de nombreux contacts, avec ses voisins, ses amis et amies. Il fréquente régulièrement une bibliothèque publique. Mais, surtout ces dernières années, il s’est beaucoup occupé de sa sœur Bernadette, qui est gravement malade et doit maintenant être dialysée trois fois par semaine. Nous nous sommes rendus ensemble chez elle dans la maison de soins et c’est là que j’ai pu faire la connaissance de Gery, la sœur de Jay, et de son mari Robert. C’était une rencontre très chaleureuse dans la maison de retraite – et après dans un restaurant chinois.

     Un autre jour, nous avons été invités avec Anne Maria et Steve chez Rachelle. Les trois sont engagés depuis longtemps dans les « Catholic Workers » et sont de très bons amis des frères à l’époque new-yorkaise. Cette relation fidèle continue jusqu’aujourd’hui. Nous avons partagé sur la politique actuelle, sur l’histoire de l’Allemagne, sur la place de l’Eglise aujourd’hui : Elle ne doit pas se concentrer sur la liturgie, mais la présence chez les pauvres a la même valeur spirituelle que la prière devant le Saint-Sacrement. Ce message de Charles de Foucauld reste toujours actuel.

Paroisee St joseph    Pour la messe du dimanche, Jay et moi avons quitté Everett pour nous rendre à Boston. Là-bas, Jay va parfois à la messe à l’église St. Joseph. Nous y avons également rendu visite au prêtre (dans la maison de retraite des prêtres) qui l’avait accueilli de manière très hospitalière il y a 8 ans – jusqu’à ce que Jay ait ensuite trouvé son propre appartement.

    À Boston, nous nous sommes promenés entre les gratte-ciel. Je n’avais jamais vu de tels gratte-ciel de ma vie et j’étais très impressionné. Et en même temps, cela m’a fait réfléchir : où la ''MEGA-lomanie va-t-elle encore nous mener ?

 
Sur un ban





     Jay ne s’oriente pas avec Google Maps, mais préfère parler aux gens dans la rue. Et, comme on peut le voir ici, il parle vraiment à tout le monde !

Paroisse St Monique

 


   Le dimanche suivant, nous nous sommes rendus à la paroisse Sainte-Monique, où Philomena fait partie de l’équipe pastorale. On peut participer au culte en anglais, en lituanien ou en espagnol. Après la messe, Jay a rencontré les deux adultes qui se préparent à la confirmation. Ensuite, nous avons été invités pour un bon repas chez Philomena. Elle vit avec sa mère âgée et handicapée dans une maison où elle accueille aussi d’autres personnes.


 Chapelle   
Dans l’appartement de Jay, un coin sert à la prière. Jay prie en polyglotte : le Saint-Esprit en français, l’Angélus en espagnol et les textes du jour en anglais. Internet fournit chaque jour une méditation sur l’évangile du jour, accompagnée de musique. Ainsi, Internet crée également une communauté de prière virtuelle au-delà des frontières.


     Nous nous sommes régulièrement déplacés ensemble : pour un examen à la clinique, pour une promenade à Harvard,… Dans le bus, le métro et le train, il est frappant de constater que nous sommes tous ensemble : Contrairement à ce qui se passe dans les rues, par exemple dans le centre de Boston, il n’y a pratiquement pas de visages blancs dans les transports publics.

     Autre chose m’a frappé : dans les quartiers habités, comme à Everett : à chaque coin de rue, une église (ce n’est pas exagéré), toutes sortes de dénominations évangéliques, pentecôtistes, catholiques, orthodoxes.
Je me suis souvenu d’un mot du jeune Charles de Foucauld, qui s’était entièrement voué au scepticisme :
.
« rien ne me paraissait assez prouvé.
La foi égale avec laquelle on suit des religions si diverses me semblait la condamnation de toutes ».

« Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse ! »

Il pourra écrire enfin à Tamanrasset
.
«... je suis ici non pas pour convertir d’un seul coup les Touaregs, mais pour essayer de les comprendre... 
Je suis certain que le bon Dieu accueillera au ciel ceux qui furent bons et honnêtes
sans qu’ils soient catholiques romains…

Vous êtes protestant, Tessiere est incrédule, les Touaregs sont musulmans,
 je suis persuadé que Dieu nous recevra tous si nous le méritons.



 


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