CarteDrapeau.
.
Visite à Leipzig

14-21 juin 2025





de Joji




     Chaque année, Andreas, Daniel et moi prenons une semaine de travail et de détente en dehors de Bruxelles, lieu de nos rencontres mensuelles. Cette année nous avions décidé de passer une semaine de travail et de détente à la fraternité de Leipzig et d’en faire l’occasion d’une visite de la Fraternité Centrale.

Panorama

    J’ai profité de ce séjour planifié pour faire, une semaine avant, ma retraite annuelle dans l’ermitage des frères. La fraternité de Leipzig a la chance d’en posséder un à quarante kilomètres de la ville : il est facile d’accès par train. La région est très belle : une rivière coule au milieu d’une plaine cultivée (champs de colza et de blé) bordée de collines boisées ; c’est sur le flanc d’une de ces collines que l’ermitage se situe, petite maison bien cachée au milieu des arbres et bien tranquille. C’est la deuxième fois que je passais uns semaine dans cet endroit et vraiment j’ai apprécié… Les frères de Leipzig y font des séjours réguliers et d’autres personnes amies de la fraternité en profitent aussi.




Quartier de Grunau
    La fraternité est présente à Leipzig depuis 20 ans (octobre 2005) dans le quartier de Grünau, à la périphérie de la ville : c’est une ensemble très dense de grands immeubles construits par l’ancien régime communiste dans les années 1970-1980. A l’époque il était très peuplé (85 000 habitants). Depuis la réunification de l’Allemagne, certains de ces immeubles ont été détruits pour aérer le quartier, les immeubles restants ont été rénovés et des espaces commerciaux et de détente créés. Le résultat est un quartier très aéré. J’ai été surpris par l’espace pris par la verdure, les arbres, les bosquets, etc. : en beaucoup d’endroits on ne se dirait pas dans une cité de grands immeubles.




     Depuis le début de leur présence à Leipzig, les frères ont habité dans ce quartier. Le premier logement qu’ils ont habité allant être rénové, ils ont été relogés dans un autre immeuble du quartier, là où ils se trouvent maintenant. Ils occupent en fait deux appartements, ce qui leur permet d’avoir une chapelle assez vaste et assez d’espace pour chacun. Une chambre est réservée pour des hôtes, équipée pour permettre à des personnes qui le veulent de faire des retraites en silence et en solitude.

     Jusqu’à l’année dernière les frères étaient quatre à Leipzig : Gotthard, Michael, Andreas et Mika, qui, il y a une année, a pris une autre orientation. Depuis 2021, Andreas est en service à la fraternité centrale, il est ainsi beaucoup moins présent à cause des séjours à Bruxelles et des visites des fraternités.
 
     Michaël vit dans cette fraternité de Leipzig depuis seize ans, presque sans discontinuité : il connait ainsi beaucoup de monde dans le quartier. Il travaille dans un centre où vivent une quarantaine de personnes handicapées moteurs et mentaux : il s’agit de les accompagner quotidiennement tout au long de la journée, pour les activités de la journée, les repas, les soins d’hygiène, les détentes, les travaux, le lever et le coucher, etc. Cela nécessite beaucoup de soignants et d’accompagnateurs comme Michaël, souvent en sous-nombre malgré les besoins.

Michael Gotthard Andréas    En 2021, après son temps de service à la fraternité centrale, Gotthard est revenu dans cette fraternité qu’il a commencée en 2005. Tout près de la retraite, il ne pouvait pas postuler à un travail salarié, il s’est dirigé vers des associations d’aide à la personne pour trouver des engagements et des insertions. Dans ce cadre, il accompagne des personnes handicapées ou âgées, toutes du quartier sauf une : pour elles il est un peu « l’homme à tout faire » ou « l’homme de confiance » : chaque semaine il a ainsi des temps fixes et réguliers de visite plus ou moins longue pour bavarder, se promener, faire les achats, faire la cuisine, passer du temps à jouer, faire des petits travaux dans la maison, etc… En plus de cela, Gotthard est bénévole dans une association, gérée par l’église catholique, qui organise une permanence téléphonique d’écoute anonyme, 24 h sur 24, sept jours sur sept, pour des personnes seules, qui n’ont personne à qui se confier, qui ont envie de parler… Gothard y assure une permanence de quatre heures par semaine.

    
Andreas, de par son service à la fraternité centrale qui l’amène à des séjours réguliers à Bruxelles et à des visites de fraternités, est moins présent d’une façon régulière. Il a un lien très fort avec une communauté chrétienne syriaque orthodoxe : ces chrétiens sont arrivés d’Irak (certains de Syrie) dans les années 2015-2016, chassées par DAESH qui avait occupé leurs villages et détruit leurs églises. Depuis leur arrivée à Leipzig, Andreas s’est engagé à leurs côtés et a établi avec eux des liens très profonds… Cette année au mois de mai, la communauté a inauguré une nouvelle église construite à partir d’un entrepôt totalement renouvelé. Andreas a beaucoup aidé cette communauté dans la recherche du lieu, des sources de financements et dans toutes les démarches administratives. Ce projet d’église étant mené à son terme, la communauté s’organisant et devant accueillir cette année un prêtre résident, Andreas voit ce service d’accompagnement prendre bientôt fin, bien que les liens d’amitié continueront toujours.

    Du fait des absences fréquentes d’Andreas et des plages de temps irrégulières des emplois de Gotthard et Michaël, les temps fraternels ensemble à la fraternité ne sont pas réguliers dans la journée ou dans la semaine. Les frères compensent par un rythme très régulier de révision de vie, ils y sont fidèles chaque quinzaine : si l’un est absent, Andreas souvent, ce dernier se connecte avec WhatsApp… Deux fois par an, les frères prennent trois jours dans un monastère en dehors de la ville pour un temps de partage fraternel plus prolongé.

     Leipzig est une des régions les plus sécularisées d’Allemagne : cette sécularisation est très ancienne et remonterait àEglise St-Nicolas l’après « Guerre de Trente Ans » au 17e siècle. Naturellement les quarante ans de régime communiste après la guerre de 1939-1945 l’ont accentuée… L’église protestante y a plus d’importance que l’église catholique. Martin Luther était de cette région de la Saxe ; à Leipzig, a eu lieu en 1509, entre lui et un théologien défenseur de la papauté, un débat théologique de plusieurs semaines sur la grâce, les indulgences et l’autorité du pape. Ce débat a contribué à faire connaitre les idées et les thèses de Martin Luther, ainsi que l'imprimerie (récemment inventée) florissante alors à Leipzig qui les a ensuite diffusées… Les communautés luthériennes et catholiques entretiennent des bons rapports ; elles posent beaucoup de gestes de recherche d’unité, de communion et d’œcuménisme… Dans le quartier des frères, les églises catholiques et protestantes sont construites l’une à côté de l’autre et les contacts et interactions sont fréquents.

Célébration Eucumenique
La semaine où nous étions à Leipzig, le jeudi était la fête du Saint Sacrement. En Allemagne, c’est jour férié dans les régions (Länder) à dominance catholique, dans les autres à dominance protestante, non. Ainsi dans le Land de Saxe ce ne l’est pas et la célébration liturgique n’est pas reportée au dimanche : les quatre unités pastorales catholiques de Leipzig ont la tradition de se réunir en soirée pour célébrer ensemble. Cette année, c’était au tour de la paroisse des frères d’organiser la célébration qui se déroulait sur le terrain de jeux d’une école catholique de Grünau : trois cent personnes y assistaient, une bonne assemblée, mais qui, par rapport aux 700.000 habitants de la ville, donne l’idée du petit nombre des catholiques à Leipzig. Plusieurs choses m’ont frappé dans cette célébration eucharistique : le nombre de jeunes, peut-être à cause du fait que la célébration avait lieu dans leur école, et surtout le caractère œcuménique de la célébration. La liturgie de la Parole était présidée par le curé catholique et la pasteure luthérienne du secteur. Après la messe il y a eu la traditionnelle procession de la fête du Saint Sacrement, de « reposoir » en « reposoir » : à la queue de la procession marchaient, côte à côte, le prêtre avec l’ostensoir et la pasteure avec la Bible…. L’homélie donnée par le prêtre a été, elle–aussi, très œcuménique… Après la communion, le texte du chant d’action de grâces était un hymne composée par Martin Luther en l’honneur du Saint Sacrement et de la Vierge Marie…


Eglise St-Thomas



    On ne peut pas parler de Leipzig sans parler de musique que l'on la respire partout.

Beaucoup de chorales de haut niveau, beaucoup de salles de concerts. Beaucoup de grands noms de la musique viennent de Leipzig ou y ont exercé... Bach y a vécu les trente dernières années de sa vie comme maitre chanteur et organiste de l’église St Thomas (1685-1750) et y a composé ses plus grandes œuvres religieuses : il y est enterré.
   


Orgues





     Nous sommes allés dans cette même église où chaque vendredi a lieu un concert donné par une des nombreuses chorales de la ville : l’église était pleine, comme parait-il chaque vendredi, pour écouter des morceaux religieux de différents compositeurs, certains contemporains. Plus qu’un concert, c’est une sorte de célébration car si la musique y a la place prépondérante, le tout se passe dans une ambiance recueillie avec des prières et une réflexion, ce jour-là, par une évêque luthérienne d’un diocèse du sud.




     Je suis allé plusieurs fois à la célébration dominicale à la paroisse des frères, il y a eu aussi la célébration de la fête du Saint Sacrement avec toute la communauté catholique de Leipzig: à chaque occasion, sans parler de la qualité de l’interprétation des chants par la chorale, j’ai été impressionné par la façon de chanter en chœur et en harmonie de l’assemblée.

Monument

    Nous avons fait un peu de tourisme et sommes allés au monument de la commémoration de la bataille de Leipzig qui a marqué en l’année 1813 le commencement de la déroute de Napoléon et le début de la fin de son rêve de domination européenne. On la surnomme la « bataille des peuples » car elle a opposé les armées de beaucoup de nations ou peuples européens.




    En ces temps où les armes n’arrivent pas à se taire, où les nationalismes sont exacerbés et où certains dirigeants manipulent pour assouvir leur rêve de grandeur, ce monument est vraiment une piqure de rappel de la folie des guerres et des nationalismes… D’abord par l’ampleur et le coût humain de cette bataille : plus de 500.000 soldats se sont affrontés en trois jours et près de 100.000 ont trouvé la mort : ces soldats ont été amenés à s’entretuer pour les « beaux yeux », les désirs de grandeurs et la mégalomanie d’un homme… Ensuite, par la grandiloquence du monument, le plus grand d’Europe : il a été élevé à l’aube de la première guerre mondiale en 1913 pour marquer le centenaire de cette bataille et, surtout, pour glorifier le sentiment nationaliste allemand… à la veille de la première guerre mondiale. Le bon côté du monument est que, de sa terrasse à 91 mètres de hauteur, la vue sur Leipzig est magnifique, mais il y a 500 marches à monter …


Voici quelques impressions presque à chaud de notre séjour à Leipzig.
Joji – 25 juin 2025