|
D’Andreas :
Mon voyage a commencé à
Leipzig et j'ai pris l'avion à Francfort. A Doha, j'ai rencontré
Alberto et nous avons pris ensemble l'avion pour l'aéroport de
Kilimandjaro. Joji y avait atterri quelques heures avant nous et
Bruno a donc pu nous emmener tous les trois ensemble à la
fraternité.
La célébration des vœux de
Climenti a été très bien préparée. Ses parents et d'autres
membres de la famille avaient fait le déplacement et il était
important, surtout pour les parents, de constater que Climenti avait
trouvé une bonne place dans la fraternité, où il pouvait vivre
épanoui et heureux. La maison était pleine, certains membres de la
famille étaient hébergés chez des voisins. Pendant plusieurs
jours, les temps de repas et de prière en commun ont rythmé notre
vie commune.
La
cérémonie des vœux a eu lieu dans la paroisse dont Mlangarini fait
partie, L'archevêque
d'Arusha a présidé la cérémonie, à laquelle de très nombreux
chrétiens de Mlangarini, des religieuses et des prêtres ont
assisté. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un tel
rassemblement de religieux et de prêtres et je me suis rendu compte
à quel point nos frères sont appréciés.
Dans son
homélie, l'évêque a souligné la vocation particulière de frère.
Dans un environnement où l'image du prêtre est très
traditionnelle, cette vocation est un contrepoids : car la vocation
la plus importante et la plus précieuse est celle d'être sœur et
frère. C'est parce que Jésus s'est fait le frère de tous que cette
dignité particulière nous est offerte, que nous essayons de vivre à
notre manière en tant que Petits Frères de l'Évangile. Et dans un
monde qui crée toujours des hiérarchies nouvelles, ce message que
nous tous sommes des frères et sœurs, garde son importance vital.

Comme cadeau, j'avais apporté
à Climenti une croix en verre bleu. Elle est très fragile (et j'ai
été heureux de pouvoir la transporter en bon état jusqu'à
Mlangarini). C'est le symbole de notre fragilité. Les vitraux
colorés sont transparents à la lumière qu'ils reçoivent. La
lumière du soleil se compose du spectre multicolore des couleurs.
Une certaine couleur du verre est obtenue parce que ce verre laisse
passer précisément cette couleur du soleil. Un verre est donc «
bleu », par exemple, parce qu'il laisse passer seulement le bleu,
tout en absorbant les autres couleurs du soleil.
N'est-ce pas là une image
pour nous-mêmes : je suis appelé à laisser rayonner la couleur
reçue du soleil qui me correspond personnellement. Être chrétien,
être chrétienne, c'est devenir transparent à l'amour qui nous est
donné par Dieu, afin qu'il brille aussi pour les autres.
Et
c'est ainsi que la croix en verre bleu devient un symbole : je ne
brille pas de moi-même. Mais je reçois la vie, la lumière, l'amour
de Dieu. C'est mon souhait pour Climenti : étant fragile comme un
verre, qu’il laisse transparaître la lumière reçue de Dieu. Et
que cette lumière puisse continuer à se transmettre à travers lui
pour éclairer les espaces de vie des autres personnes.
* * *
De Joji :
Dans le villagedans le village de Mlangarini il y a
une frénésie de constructions nouvelles. Les enfants de certains villageois ont réussi à décrocher
un bon travail ou un bon business en ville, dans le public ou le
privé : ils construisent alors pour leurs parents.
Mais le cas
le plus fréquent est que les gens vendent leurs terres héritées de
leurs ancêtres à des « étrangers » de la ville :
ces derniers investissent alors dans un projet (petits ateliers,
élevages de porcs ou de volailles qui prolifèrent…) ou tout
simplement construisent leur maison…
Les magasins se sont
multipliés ; on peut maintenant acheter au village beaucoup de
choses que récemment on ne pouvait se procurer qu’en ville ;
il y a même la possibilité d’effectuer certaines formalités dans
une « succursale » bancaire…
L’école secondaire
publique du village (1400 élèves) est devenue une des meilleures de
la province d’Arusha. Autour de l’église catholique, la petite
école enfantine inaugurée il y a 6 ans s’est développée en
école primaire dans des bâtiments flambant neufs qui viennent
d’être construits avec l’aide de la Conférence Episcopale
Italienne…

J’ai profité de ces trois
semaines passées à Mlangarini pour aller visiter les gens un peu
partout. Mais le but principal de mon séjour était de participer à
la cérémonie des vœux de Climenti et de vivre avec les frères.
Andreas et Alberto ont assez parlé de la célébration des vœux, je
ne voudrais pas répéter… J’ai été heureux d’être là,
témoin du chemin de Climenti dans la Fraternité depuis plus de dix
ans.
En
Tanzanie, la Fraternité de l’Evangile est présente depuis les
années 80 (Mtamba) : elle a connu une histoire riche avec beaucoup de
jeunes en formation. Trois seulement ont fait leur engagement
définitif : Gustavo de la RDC en 1998 (par la suite il s’est
engagé dans une congrégation diocésaine de son pays), Bruno de
Tanzanie en 2008 et cette année Climenti du Kenya… Au milieu d’une
société en pleine transformation et en plein développement, dans
une Eglise qui s’affiche avec la puissance du nombre, des
bâtiments, des finances, des institutions, organisations et réseaux,
etc., c’est un défi de vouloir suivre le chemin de l’Homme de
Nazareth, vie de simplicité, d’amitié, de fraternité et de
prière, tout en communiant et participant à l’évolution actuelle
de la société et de l’Eglise. Je prie pour que les frères
continuent, comme ils le font actuellement à leur manière, à
relever ce défi.

Un autre défi et non des
moindres est le fait que Bruno et Climenti ne sont que deux comme
Frères de l’Evangile, sans présence d’autres frères à
proximité. Deux novices tanzaniens viennent de commencer leur
noviciat après avoir vécu plusieurs années avec les frères.
Ils représentent un espoir, mais aussi une responsabilité quant à
leur formation et à leur cheminement. Cet autre défi, Bruno et
Climenti se sentent de le relever avec l’aide de la Fraternité.
Pendant mon séjour, il y a eu aussi le passage de « regardants »,
ça ne veut rien dire, mais ça donne espoir… Avec quatre frères à
demeure, Bruno, Climenti, et Dismas et Yohana novices, la fraternité
de Mlangarini est, pour le moment présent, une communauté bien
vivante. Si l’avenir proche de la fraternité de Mlangarini semble
s’éclaircir, l’avenir plus lointain dépendra de tout ce qui va
se vivre dans les quelques années qui viennent.
Je
remercie les frères de leur accueil et de la possibilité qu’ils
m’ont donnée de voir et de partager un petit peu de ce qu’ils
vivent.
* * *
D’Alberto :
Quelle grande joie de
retourner en Tanzanie après 10 ans, c’était lors de mon dernier
passage à l’occasion d’une rencontre des jeunes PFE faite au
temps de Noel 2014
Quand nous sommes arrivés à
Mlangarini, la maison de la fraternité hébergeait déjà 6
personnes : Climenti et Bruno, les deux novices et deux
regardants originaires du Kenya. Mais elle a encore trouvé de la
place pour Joji et Andreas et, le jour suivant, pour les parents et
le frère jumeau de Climenti. Connaissant la fragilité de mon
sommeil, les frères avaient mis à ma disposition l’ermitage, un
peu à l’écart de la fraternité et plus silencieux. Voir et
connaitre un peu les parents, les frères et la sœur de Climenti et
aussi d’autres cousins et tantes, tous venus du Kenya, a été très
beau.
Le moment le plus touchant
pour moi a surement été le petit partage spontané qui s’est créé
la dernière soirée avant leur départ, suite à la présentation
des uns et des autres. Vincent, le frère jumeau de Climenti, qui
avait tout partagé avec lui jusqu’au départ de son frère pour la
fraternité, nous a dit, avec des larmes, sa joie d’avoir vu et
connu la nouvelle « famille » où son frère a choisi de
vivre.
Et
puis, leur mère a rendu grâce à Dieu parce que, de ses deux fils
jumeaux qui prenaient le lait ensemble à ses deux mamelles, l’un
s’est donné à Dieu dans la vie religieuse tandis que l’autre
lui donne des petits enfants.
Climenti
enfin nous a aussi révélé avoir pleuré des larmes de joie au
moment de la célébration des vœux, lorsqu’Andreas et Joji lui
ont adressé les paroles exprimant son accueil définitif au sein de
la Fraternité ; des larmes que personne n’avait vues.

Après la longue célébration,
on a continué à le faire par la fête : danses et nourriture
(couronnée par la chèvre entière rôtie au feu: c’est le
‘gâteau’ des grandes fêtes selon la tradition du lieu). J’ai
été impressionné par les parents de Climenti qui ont dansé tout
le temps, tout en saluant tous les hôtes qui passaient comme en
procession devant la table d’honneur. Et la maman, qui a divers
problèmes de santé, était émerveillée de la force qu’elle a su
trouver pour cette belle journée de fête !
|