Séjour à Mlangarini


à l’ocasion


des vœux de


Climenti


(13 – 21. Janvier 2025)

      

        D’Andreas :

    Mon voyage a commencé à Leipzig et j'ai pris l'avion à Francfort. A Doha, j'ai rencontré Alberto et nous avons pris ensemble l'avion pour l'aéroport de Kilimandjaro. Joji y avait atterri quelques heures avant nous et Bruno a donc pu nous emmener tous les trois ensemble à la fraternité.

Fraternite

    La célébration des vœux de Climenti a été très bien préparée. Ses parents et d'autres membres de la famille avaient fait le déplacement et il était important, surtout pour les parents, de constater que Climenti avait trouvé une bonne place dans la fraternité, où il pouvait vivre épanoui et heureux. La maison était pleine, certains membres de la famille étaient hébergés chez des voisins. Pendant plusieurs jours, les temps de repas et de prière en commun ont rythmé notre vie commune.

    La cérémonie des vœux a eu lieu dans la paroisse dont Mlangarini fait partie, L'archevêque d'Arusha a présidé la cérémonie, à laquelle de très nombreux chrétiens de Mlangarini, des religieuses et des prêtres ont assisté. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un tel rassemblement de religieux et de prêtres et je me suis rendu compte à quel point nos frères sont appréciés.

    Dans son homélie, l'évêque a souligné la vocation particulière de frère. Dans un environnement où l'image du prêtre est très traditionnelle, cette vocation est un contrepoids : car la vocation la plus importante et la plus précieuse est celle d'être sœur et frère. C'est parce que Jésus s'est fait le frère de tous que cette dignité particulière nous est offerte, que nous essayons de vivre à notre manière en tant que Petits Frères de l'Évangile. Et dans un monde qui crée toujours des hiérarchies nouvelles, ce message que nous tous sommes des frères et sœurs, garde son importance vital.

Célébration

    Comme cadeau, j'avais apporté à Climenti une croix en verre bleu. Elle est très fragile (et j'ai été heureux de pouvoir la transporter en bon état jusqu'à Mlangarini). C'est le symbole de notre fragilité. Les vitraux colorés sont transparents à la lumière qu'ils reçoivent. La lumière du soleil se compose du spectre multicolore des couleurs. Une certaine couleur du verre est obtenue parce que ce verre laisse passer précisément cette couleur du soleil. Un verre est donc « bleu », par exemple, parce qu'il laisse passer seulement le bleu, tout en absorbant les autres couleurs du soleil.

    N'est-ce pas là une image pour nous-mêmes : je suis appelé à laisser rayonner la couleur reçue du soleil qui me correspond personnellement. Être chrétien, être chrétienne, c'est devenir transparent à l'amour qui nous est donné par Dieu, afin qu'il brille aussi pour les autres.

    Et c'est ainsi que la croix en verre bleu devient un symbole : je ne brille pas de moi-même. Mais je reçois la vie, la lumière, l'amour de Dieu. C'est mon souhait pour Climenti : étant fragile comme un verre, qu’il laisse transparaître la lumière reçue de Dieu. Et que cette lumière puisse continuer à se transmettre à travers lui pour éclairer les espaces de vie des autres personnes.


* * *

        De Joji :

Jogi et Bruno    Dans le villagedans le village de Mlangarini il y a une frénésie de constructions nouvelles. Les enfants de certains villageois ont réussi à décrocher un bon travail ou un bon business en ville, dans le public ou le privé : ils construisent alors pour leurs parents.

    Mais le cas le plus fréquent est que les gens vendent leurs terres héritées de leurs ancêtres à des « étrangers » de la ville : ces derniers investissent alors dans un projet (petits ateliers, élevages de porcs ou de volailles qui prolifèrent…) ou tout simplement construisent leur maison…

    Les magasins se sont multipliés ; on peut maintenant acheter au village beaucoup de choses que récemment on ne pouvait se procurer qu’en ville ; il y a même la possibilité d’effectuer certaines formalités dans une « succursale » bancaire…

    L’école secondaire publique du village (1400 élèves) est devenue une des meilleures de la province d’Arusha. Autour de l’église catholique, la petite école enfantine inaugurée il y a 6 ans s’est développée en école primaire dans des bâtiments flambant neufs qui viennent d’être construits avec l’aide de la Conférence Episcopale Italienne…

Clementi



    J’ai profité de ces trois semaines passées à Mlangarini pour aller visiter les gens un peu partout. Mais le but principal de mon séjour était de participer à la cérémonie des vœux de Climenti et de vivre avec les frères. Andreas et Alberto ont assez parlé de la célébration des vœux, je ne voudrais pas répéter… J’ai été heureux d’être là, témoin du chemin de Climenti dans la Fraternité depuis plus de dix ans.



Mtamba    En Tanzanie, la Fraternité de l’Evangile est présente depuis les années 80 (Mtamba) : elle a connu une histoire riche avec beaucoup de jeunes en formation. Trois seulement ont fait leur engagement définitif : Gustavo de la RDC en 1998 (par la suite il s’est engagé dans une congrégation diocésaine de son pays), Bruno de Tanzanie en 2008 et cette année Climenti du Kenya… Au milieu d’une société en pleine transformation et en plein développement, dans une Eglise qui s’affiche avec la puissance du nombre, des bâtiments, des finances, des institutions, organisations et réseaux, etc., c’est un défi de vouloir suivre le chemin de l’Homme de Nazareth, vie de simplicité, d’amitié, de fraternité et de prière, tout en communiant et participant à l’évolution actuelle de la société et de l’Eglise. Je prie pour que les frères continuent, comme ils le font actuellement à leur manière, à relever ce défi.


Les frères

    Un autre défi et non des moindres est le fait que Bruno et Climenti ne sont que deux comme Frères de l’Evangile, sans présence d’autres frères à proximité. Deux novices tanzaniens viennent de commencer leur noviciat après avoir vécu plusieurs années avec les frères. Ils représentent un espoir, mais aussi une responsabilité quant à leur formation et à leur cheminement. Cet autre défi, Bruno et Climenti se sentent de le relever avec l’aide de la Fraternité. Pendant mon séjour, il y a eu aussi le passage de « regardants », ça ne veut rien dire, mais ça donne espoir… Avec quatre frères à demeure, Bruno, Climenti, et Dismas et Yohana novices, la fraternité de Mlangarini est, pour le moment présent, une communauté bien vivante. Si l’avenir proche de la fraternité de Mlangarini semble s’éclaircir, l’avenir plus lointain dépendra de tout ce qui va se vivre dans les quelques années qui viennent.



    Je remercie les frères de leur accueil et de la possibilité qu’ils m’ont donnée de voir et de partager un petit peu de ce qu’ils vivent.



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        D’Alberto :

    Quelle grande joie de retourner en Tanzanie après 10 ans, c’était lors de mon dernier passage à l’occasion d’une rencontre des jeunes PFE faite au temps de Noel 2014


Alberto
    Quand nous sommes arrivés à Mlangarini, la maison de la fraternité hébergeait déjà 6 personnes : Climenti et Bruno, les deux novices et deux regardants originaires du Kenya. Mais elle a encore trouvé de la place pour Joji et Andreas et, le jour suivant, pour les parents et le frère jumeau de Climenti. Connaissant la fragilité de mon sommeil, les frères avaient mis à ma disposition l’ermitage, un peu à l’écart de la fraternité et plus silencieux. Voir et connaitre un peu les parents, les frères et la sœur de Climenti et aussi d’autres cousins et tantes, tous venus du Kenya, a été très beau.



Joie      
Le moment le plus touchant pour moi a surement été le petit partage spontané qui s’est créé la dernière soirée avant leur départ, suite à la présentation des uns et des autres. Vincent, le frère jumeau de Climenti, qui avait tout partagé avec lui jusqu’au départ de son frère pour la fraternité, nous a dit, avec des larmes, sa joie d’avoir vu et connu la nouvelle « famille » où son frère a choisi de vivre.

    Et puis, leur mère a rendu grâce à Dieu parce que, de ses deux fils jumeaux qui prenaient le lait ensemble à ses deux mamelles, l’un s’est donné à Dieu dans la vie religieuse tandis que l’autre lui donne des petits enfants.


    Climenti enfin nous a aussi révélé avoir pleuré des larmes de joie au moment de la célébration des vœux, lorsqu’Andreas et Joji lui ont adressé les paroles exprimant son accueil définitif au sein de la Fraternité ; des larmes que personne n’avait vues.


Benediction


    Après la longue célébration, on a continué à le faire par la fête : danses et nourriture (couronnée par la chèvre entière rôtie au feu: c’est le ‘gâteau’ des grandes fêtes selon la tradition du lieu). J’ai été impressionné par les parents de Climenti qui ont dansé tout le temps, tout en saluant tous les hôtes qui passaient comme en procession devant la table d’honneur. Et la maman, qui a divers problèmes de santé, était émerveillée de la force qu’elle a su trouver pour cette belle journée de fête !








Famille