Diaire d’A-Dieu à Jean-Claude T.

(L’Ile Saint Denis et Villeneuve - France) :


Jean-Claude


Pour faire mémoire de notre frère Jean-Claude, nous vous partageons nos diverses interventions (témoignages et homélie) lors de la cérémonie de l’A-Dieu. (4 février 2026). Nous avons beaucoup donné la parole à Jean-Claude lui-même à travers ses diaires personnels.






* * *


    Parcours de Jean-Claude Tallon

Jean-Claude est né le 19 décembre 1946, à Vaison-la-Romaine, dans la Drôme. Il est le deuxième d’une famille de 4 enfants. Dès l’âge de 7 ans, il perd son papa. Adolescent il fréquente le collège du Timon de David à Marseille. Ensuite il commence des études en psychologie à Aix puis à Paris.

Roquetas 1985 Désireux de donner sa vie au Seigneur il entre à 30 ans dans la communauté des Petits frères de l’Évangile et le 1er novembre 1977 il prononce ses premiers engagements dans la vie religieuse. Dès lors et jusqu’en 1980 il vit en fraternité à Berck, dans les Hauts de France au service de personnes avec des handicaps.

 De 1981 à 1984 il étudie la théologie au collège dominicain d’Ottawa au Canada. Ensuite il est envoyé en fraternité dans le sud de l’Espagne, à Roquetas-de-Mar. C’est le 7 avril 1985 qu’il fait ses vœux perpétuels. Après 4 années de vie en Espagne il exprime le désir de se former dans la relation d’aide, ce qu’il fait pendant 2 ans à Montréal.

À son retour, en 1991, il rejoint la fraternité de Clichy et travaille au sein de la fondation-Roguet qui œuvre auprès des personnes âgées. En 1999 il participe à l’ouverture de la fraternité de Villeneuve-la-Garennne avec la mission d’accompagner des jeunes désireux de rejoindre les petits frères de l’Évangile et, en 2008 il fonde la fraternité de l’Île St-Denis et collabore bénévolement à l’association “Dom’Asile” au service des migrants. La maladie l’oblige peu à peu à abandonner ses engagements et il décède le 23 janvier 2026 alors qu’il venait à peine d’entrer dans sa quatre-vingtième année.


* * *



 Jean-Claude, mon frère.
        (de Gilles T)

Villeneuve 2007La vie de Jean-Claude est un chemin d’une grande richesse humaine et spirituelle. Beaucoup d’entre vous pourraient en témoigner.

Personnellement j’ai vécu avec Jean-Claude ici à Villeneuve-la-Garenne et à l’Île-Saint-Denis durant ses dernières 21années. C’est avec émotion que je voudrais témoigner de lui en utilisant quelques notes qu’il nous a lui-même transmises dans des “diaires”, sortes de lettres périodiques écrites aux autres frères dans le monde.

Etant à Ottawa au Canada, Jean-Claude écrit aux frères, sur ses premières années de vie religieuse et sur ce qui l’a motivé. Deux textes me paraissent traduire assez bien ce qui fut le fil conducteur de ces der­nières années... D’abord un texte d’Isaïe « J’entendis alors une voix, celle du Seigneur qui disait : qui enverrai-je, qui sera mon messager ? Et j'ai répondu : moi je serai ton messager, envoie-moi..» Le second texte de saint Matthieu : «Quand à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte ...».

Balade en fraternitéJe suis entré à la Fraternité principalement parce qu'elle offrait des moyens pour se rendre présent à Dieu, pour chercher sa face, - parce qu'elle le faisait à travers les moyens ordinaires d'une vie insérée dans le monde, - parce qu'elle voulait en rendre témoignage à travers une communauté de frères. J'en attendais une découverte d'une vie partagée avec des pauvres et une prédilection pour eux.

Cette recherche de la face de Dieu a creusé en moi l'apprentissage à la patience - une ouverture à l'abandon à Dieu -, la perception de la fidélité de Dieu …Ma réponse à suivre le Christ n'était qu'une mise en route sur un chemin où je devais au jour le jour répondre positivement à ses appels qui furent pour moi de m'accepter tel que j'étais avec mes faiblesses, mes lenteurs, mes richesses. Et d'accepter les autres tels qu'ils sont, avec leurs richesses et leurs pauvre­tés… En Jésus, Dieu a pris sur lui nos faiblesses, notre péché et son désir est que chacun devienne un homme libre, un homme debout.

Cette découverte a transité par le silence de Dieu qui est l'expression de son infini respect envers sa créature, et par la patience de mes frères qui m'ont manifesté respect et accueil.

Jean-Claude exprime là une constante de sa vie : s’abandonner à Dieu en acceptant avec patience sa propre humanité dans ses richesses et ses faiblesses et celles des autres… et d’autre part il trouve la paix dans l’accueil respectueux de ses frères de communauté.

Taizé 2007Au Canada Jean-Claude vit au contact d’une autre culture. Il écrit encore: « M’ouvrir à un regard différent, à des manières différentes d‘agir, des manières différentes de vivre.» (Ottawa1984). Cette expérience se prolonge lors son retour en Europe, au sud de l’Espagne à Roquetas, il vit avec les frères pendant 5 années parmi les travailleurs migrants sans papiers. Cette ouverture aux personnes qui sont victimes d’injustice à cause de leurs différences ou de leurs difficultés personnelles l’amène à vouloir les aider à compter sur leurs valeurs personnelles pour se remettre debout. Il sent le désir de se former personnellement à accompagner les personnes et les aider à se remettre debout.

Dans cette formation, Il y découvre un chemin de vie pour lui : s’accepter lui-même dans ses richesses et ses pauvretés et aider les autres à se remettre debout en comptant d’abord sur les forces positives qui habitent chacun.

PrintempsJean Claude avec son dynamisme, son enthousiasme, sa capacité à suggérer des initiatives fut choisi par l’ensemble des frères de France comme frère –responsable « notre régional » à deux reprises. Il porte «le désir d’offrir un visage plus dynamique de la Fraternité ».Avec Daniel Boursier et Marco Cappe, il fonde en région parisienne la fraternité de Villeneuve la Garenne en 1999 et son prolongement l’Île Saint Denis en 2008. Beaucoup d’entre vous l’ont connu dans de nombreux services qu’il assumait : accompagnement des jeunes et catéchèse, animation des chants aux messes dominicales, service d’écoute et de soutien spirituel et psychologique ou encore dans les Amicales des Locataires, et l’accueil des demandeurs d’asile. etc.

Ces dernières années, Jean-Claude vécut des périodes d’épreuves de santé physique et psychique. Les conséquences apparaissaient. Son enthousiasme, sa vivacité se sont ralentis. Les forces vives diminuaient, la fatigue faisait son apparition et parfois les doutes. Mais pour nous, ses frères, qui avec amour fraternel et patience l’avons accompagné et soutenu au jour le jour, nous savions que Jean Claude a toujours trouvé assurance, réconfort et paix dans l’accueil, le respect de ses frères et dans la confiance en Dieu.

Lors de cette période, Jean-Claude nous confiait  « Je suis parti avec le désir que le Seigneur me remette en contact avec ce qu’il nomme « la Source d’eau vive ». Cher Jean-Claude, aujourd’hui, nous croyons que tu l’as trouvée cette « Source d’Eau Vive ».


* * *


Homélie

(de Daniel B.)


Ecouter, en quelque sorte, Jean-Claude nous commenter cette Parole de Dieu (Jn 11, 1-5 , 17, 20-27).
En reprenant certaines notes qu’il a écrites au cours de sa vie.


  1. A travers les faiblesses et fragilités de la vie :

Face à la maladie de Lazare, Marthe et Marie font l’expérience de l’angoisse devant la mort, du déchirement de la séparation, de la confrontation à l’inconnu et au mystère de la vie humaine. Expérience de la fragilité humaine. Celle que Jean-Claude a éprouvé tout au long de sa vie.

Avec  Raoul    (Clichy, mars 1992) Au plus profond, j'ai fait l'expérience d'une extrême pauvreté; certes, autour de moi, j'avais le témoignage des talents que je porte et que j'ai su faire fructifier au cours de mon histoire, mais j'ai connu les moments paralysants de l'angoisse qui te laissent complètement démuni, qui te laissent parfois amer face à la vie : "Faut-il que ça continue ?"... Et puis, après deux ans de formation, à 45 ans, c'est pas possible... "Où est-Il mon Dieu... ?" et cependant je crois... Et cependant je crois… Au cœur des ténèbres de sa vie, Jean-Claude perçoit une lueur d’espérance. Et il en découvre les implications :
   
    L a grande découverte, c'est que ma réponse à suivre le Christ n'était qu'une mise en route sur un chemin où je devais, au jour le jour, répondre positivement à ses appels qui furent pour moi de
m'accepter tel que j'étais avec mes faiblesses, mes lenteurs, mes richesses. Et d'accepter les autres tels qu'ils sont, avec leurs richesses et leurs pauvretés. Avec cet éclairage nouveau, d'une certitude de foi, que les souffrances ressenties à cause de mes manques, de celles de mes amis, Dieu en était le premier à en souffrir, car en Jésus, il a pris sur lui nos faiblesses, notre péché et que son désir est que chacun devienne un homme libre, un homme debout.

Réalisme, lucidité sur sa personne, foi et confiance dans les autres et dans le Seigneur, c’est le point de départ pour accueillir les signes de la vie : (J’ai voulu) vous partager quelques-uns des aspects de la trame de ma vie et de celle de ceux qui me sont proches à travers laquelle des semences de Vie grandissent et des signes du Royaume se manifestent.


  1. Découvrir les germes de résurrection dans l’humble et fragile réalité humaine:

Jésus à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie… Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

(Clichy mars 1992) A vous tous, et particulièrement à ceux qui traversent une "passe" difficile, je ne peux que vous inviter à la confiance. Paix et joie dans la lumière du Ressuscité !

Jean-Claude et PSSC(Dans son travail) Que de solitude, de pauvreté parmi les personnes âgées... Serait-ce un enfer ? Rassurez-vous ; si je tiens, c'est qu'à travers le "tragique" de certaines situations j'y découvre des richesses d'humanité et donc du Royaume. C'est, en effet une école de patience, d'ouverture, de disponibilité et de réalisme face à la vie

(Temps sabbatique 2005) Une Parole continue à résonner: "Le semeur est sorti pour semer…" et, quels que soient les événements, il y aura des graines qui tomberont dans la bonne terre… Parole d’Espérance donnée à celui ou celle qui croit…

Animé par ce souffle je me suis rendu à Béni-Abbès pour écouter en moi, à travers le silence à la fois de la chapelle et du désert, ce filet d’eau dont la source est l’Esprit Saint qui essaie de se frayer un chemin à travers les couches successives de mes peurs, mes angoisses, mes paralysies.

(En fin de temps sabbatique) : Je suis parti avec le désir que le Seigneur me remette en contact avec ce qu’Il a nommé "la Source d’eau vive". Qu’en est-il aujourd’hui? "Jean-Claude, crois et suis-moi!"


  1. Rencontrer Dieu en empruntant le chemin de l’autre : (1 Jean 3, 7-12)

Dans la recherche de Dieu, pas d’autres chemins que celui-là ! Importance de la fraternité et des frères :en fraternité

« Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres… Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. »

(Ottawa, 1982) : Je suis entré à la Fraternité principalement parce qu'elle offrait des moyens pour se rendre présent à Dieu, pour chercher sa face, - parce qu'elle le faisait à travers les moyens ordinaires d'une vie insérée dans le monde, - parce qu'elle voulait en rendre témoignage à travers une communauté de frères. J'en attendais une découverte d'une vie partagée avec des pauvres et une prédilection pour eux.

(Berck) Je crois pouvoir dire qu'entre frères nous avons cheminé ensemble : l'un attendant l'autre parfois, l'autre souffrant parfois de freiner son frère; mais n'est-ce pas là un des aspects de la vie fraternelle ? Cette démarche s'est également concrétisée avec des amis où des liens réels existaient entre nous et entre eux.


  1. Attachement au Christ :Proche

(au début de Villeneuve, 2005) : Quel sens cela a-t-il ? Une seule réponse : la foi en Celui que j’ai voulu suivre voilà bientôt 30 ans. L’invitation à prendre au sérieux Celui qui ouvre un chemin nouveau, une espérance dans un monde où beaucoup d’issues sont bouchées, où beaucoup d’hommes et de femmes souffrent à cause de structures injustes etc…

Cher Jean-Claude, à travers tes recherches, tes angoisses, tes combats intérieurs, tes fragilités, mais aussi à travers ta foi tenace et ton sens de l’autre, tu as été un authentique témoin de la Vie, un authentique témoin du Ressuscité, Celui qui a été le Seigneur de ta vie.

Merci, Jean-Claude.
    Et merci au Seigneur pour ce qu’il a fait en toi et à travers toi.



* * *