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Mon temps sabbatique de renouveau.
Octobre 2024-avril 2025




YésudasJ’étais à la recherche d’un chaînon manquant dans ma vie spirituelle. Je voulais savoir qui était Jésus à qui j'ai consacré toute ma vie. Ce désir est né en moi en lisant, méditant et priant sur la vie de Jésus. J’ai lu trois livres : « Jésus avant le christianisme » et « Jésus aujourd’hui » d’Albert Nolan, le troisième livre étant « Jésus, une approche historique » de José Antonio Pagola. Ensuite des frères m’ont encouragé à prendre un temps sabbatique.

Je l’ai commencé au début octobre 2024 à Bruxelles : j’y suis resté jusqu'à fin novembre. J'ai été heureux de rencontrer des frères, ceux qui y vivent, ceux qui étaient de passage ; j’ai rencontré aussi les frères à Villeneuve-la-Garenne et à l'Île-Saint-Denis, et j’ai fait un séjour de dix jours chez nos frères à Leipzig. Merci, frères, pour votre générosité. J'ai passé de bons moments d'échange avec Andreas, Joji et Daniel : merci pour votre soutien. Grâce à l'aide des frères de Cureghem, j’ai trouvé de petits emplois à La Poudrière1 et surtout dans une maison de retraite tenue par les Petites Sœurs des Pauvres ; j’ai été bien occupé et ça m’a rendu heureux.

Un jour à Bruxelles, en lisant l’Évangile selon St-Marc, j'ai trouvé une lumière pour le chaînon manquant de ma recherche. « Comme Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé entraient au tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d’une robe blanche, et elles furent étonnées. Mais il leur dit : « Ne vous inquiétez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité et il n’est plus ici. C’est ici qu’on l’a mis. Allez maintenant dire à ses disciples et à Pierre : Jésus vous précède en Galilée ; vous le verrez là, comme il vous l'a dit. » (Mc 16, 5-7). J’ai réalisé que ma Galilée était celle où vivent les vieux pauvres « sanyasis2 » (mendiants hindous) de Tiruvannamalai, au crépuscule de leur vie. Il m’a été demandé, moi aussi, de me rendre en Galilée pour y rencontrer le Seigneur Ressuscité. Je fus heureux d’avoir cette assurance d’y reconnaître le Seigneur Ressuscité.

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À bicyclette

Après deux mois en Europe, je suis rentré en Inde. J’ai suivi une retraite guidée à Nasik, près de Mumbai, avec un jésuite, le Père Errol. Je suis retourné à Mylasandra pour Noël 2024, puis j'ai poursuivi mon temps sabbatique à Tiruvannamalai. Le 11 janvier, j'ai parcouru 220 km à vélo jusqu'à Tiruvannamalai. Je me suis arrêté une nuit dans un collège polytechnique. Tiruvannamalai est un lieu saint, réputé pour sa culture hindoue et son influence spirituelle. Mon désir de vivre un temps à Tiruvannamalai s'est alors concrétisé. Le temple de Tiruvannamalai est dédié au Seigneur Shiva. Thiruvannamalai est célèbre pour sa colline sacrée d'Arunachala. Ramana Maharishi et Yogi Ram Surat Kumar sont deux grands saints hindous qui ont vécu et sont morts à Tiruvannamalai au siècle dernier. Les nuits de pleine lune, en particulier (mais aussi les autres jours), des centaines de milliers de fidèles marchent autour de la colline d'Arunachala, la plupart pieds nus : cette marche sacrée de 14 km autour de la colline sacrée est connue sous le nom de Girivalam (tour de la colline). Les fidèles y participent pour exprimer leur foi dans le Seigneur Shiva. Ils viennent avec l'espoir d'être gratifiés d’un esprit et d’un corps purs, éventuellement d’atteindre « Moksha » (la libération du cycle des renaissances) et d’être complètement unis au Seigneur Shiva.


Il y a longtemps que cette idée de retraite annuelle dans les rues de Tiruvannamalai m’est venue. Je suis arrivé dans cette ville en mettant ma confiance dans notre Père qu’il me montre le chemin. Comment me rendre proche de la vie des pauvres « sanyasis » ? Rien n'était planifié. Frères Xavier et Anand3, qui vivent de l'autre côté de la ville, m'ont accueilli au début. J'ai prié pour obtenir des éclaircissements sur la marche à suivre. J'ai arpenté les rues du quartier Girivalam, j'ai écouté les gens, je les ai observés ; je me suis familiarisé avec des endroits qui accueillent n’importe qui pour le petit-déjeuner ou le déjeuner (un bol de riz). J'ai constaté que la plupart des mendiants avaient l'habitude de dormir dans la rue. Mais j'avais peur de dormir comme eux et je n'étais pas à l'aise en tamoul, la langue locale. Aussi, pour commencer, j'ai dû demander à un prêtre catholique, moine ermite, le père Sebastian, de passer la nuit sur son balcon. Il a été pour moi un instrument de Dieu : chaque matin, j'ai pu avoir la messe et faire l’adoration du Saint-Sacrement. Le père Sabastian vit seul en ermite, il est membre d’un ashram chrétien, Shantivanam.


Vieille FemmeUn jour, alors que je marchais à Girivalam, j'ai été frappé par l'état désespéré d'une femme (Mme Savitri), qui vivait au bord d’un chemin très sale. Ne sachant comment l'aider, confronté à mes limites, j'ai acheté du Dettol (un liquide désinfectant) à la pharmacie pour chasser les mouches. Ce n'était qu'un geste d'amour qui nous a permis de communiquer. Je l'ai vu sourire, ce qui était un exploit. Le plus triste, c'est qu'après quelques jours dans cet état précaire, sa santé s'est détériorée et elle est décédée à l'hôpital local. Je remercie Dieu de l'avoir libérée. J'ai découvert que son fils vivait également sur les trottoirs, mais l'histoire serait trop longue pour tout raconter.


Avec l'aide d'un ami, Haneefa, j'ai trouvé un endroit, un hangar en tôle, construit pour abriter des mendiants âgés « sanyasis », ayant besoin d'aide et n’ayant nulle part où aller. Ce hangar a été construit il y a une dizaine d'années par un homme originaire du sud de l'Inde, M. Ramana. Cet endroit est devenu connu communément sous le nom de Ramana Kudil (le hangar de Ramana). J'ai pris le courage de me rendre au Kudil moi-même. J'ai rencontré M. Ramana et lui ai demandé si je pouvais aider les « sanyasis » malades qui y vivaient. Bien que M. Ramana ne parlait que le tamoul, il m'a accueilli traditionnellement avec gentillesse et un sourire aux lèvres. J'ai rapidement appris à saluer en utilisant la salutation populaire locale, « Om Namo Shivaya ». Ils savaient que j'étais chrétien ; j’étais un parmi une vaste communauté culturelle et religieuse hindoue. J’ai eu de la chance d'être accueilli à Kudil pour vivre parmi les « sanyasis » malades. Dieu a exaucé ma prière. Dès lors, ma voie est devenue claire ; je me suis rapidement adapté à l'emploi du temps du lieu. J'ai trouvé un balcon près de Kudil pour étendre ma natte la nuit. Je me suis familiarisé avec le lieu et j'ai ressenti des vibrations positives (une expression populaire ici).


Swami ravigiriMon emploi du temps de la journée était le suivant : nous nous levions très tôt le matin pour une tasse de thé ! J'assistais à la messe chez le Père Sebastian, à 6 km de là, en profitant de son petit-déjeuner et de son hospitalité ; je prenais le temps d’écrire quelques notes et ensuite je retournais à Kudil à vélo. En arrivant à Kudil, la première chose à faire était de saluer les résidents alités ; la conversation tournait principalement autour de la nourriture, etc. Ensuite, je balayais une partie de Kudil et je nettoyais le petit espace dans le bâtiment voisin où je dormais. Les trois repas de la journée étaient fournis au Kuhil grâce au soutien de donateurs locaux ; le riz en était l'ingrédient principal. Le déjeuner était servi à midi. La nourriture était préparée et conservée dans de grands récipients en inox. On sonnait la petite cloche du temple ; suivait une courte Aarati (rituel hindou célébré lors du culte, accompagné d'un hymne à la gloire du Seigneur Shiva). Les hommes en cuisine accueillaient ensuite les résidents, qui étaient servis dans leurs larges assiettes en acier.


Parfois des bienfaiteurs participaient au service et nous saluaient avec un cadeau ou un peu d'argent de poche. Les résidents faisaient la queue pour la nourriture et recevaient chacun trois ou quatre plats différents dans la même assiette. Ils se rendaient ensuite à leur table. Du thé ou du café étaient servis à 14h30 et le dîner est à 19h. Il n'y avait pas de chambres ainsi pas d'intimité, mais il était possible de prendre un bain deux fois par semaine dans un espace commun devant Kudil.



KudilJ’ai été heureux d’avoir eu la tâche de servir les repas à ceux qui ne pouvaient pas marcher ; j’avais ensuite à récupérer leurs assiettes et nettoyer les restes, les laver et les ranger. Je partageais les mêmes repas que les résidents. Ainsi, j’ai été très bien accueilli dans la communauté de Kudil. Après le déjeuner et un peu de sieste, un café ou un thé était servi. C’était alors le moment de me promener dans Girivalam pour observer les « sanyasis » qui vivent de manière indépendante le long des trottoirs. Certains sont jeunes et indépendants, d’autres vivent en groupes : la plupart disposent d'une sébile pour mendier de l'argent auprès des pèlerins. Des centaines de milliers de pèlerins marchent la nuit autour de la colline sacrée, car c'est un moment à la température agréable. J'ai fait la connaissance de quelques « sanyasis » vivant dans la rue ou dans des cabanes provisoires. Certains m’ont invité à prendre une tasse de thé épicé (masala). Certaines fois, je priais en silence sur la route ; d'autres fois, c’était le vide : il a fait partie intégrante de mon séjour. Je n'ai pas évalué les effets de ma présence à Kudil et à Girivalam, car c'était l'œuvre de Dieu.


Résident de Kudil
    Ces deux mois à Kudil ont été vraiment une expérience de joie et ont touché ma foi. Mes longues promenades à pied ou à vélo ont contribué à m’ouvrir les yeux sur Sa présence parmi les personnes âgées et souffrantes de Kudil. Ces lueurs de joie et de paix sont des cadeaux du sourire du Seigneur Ressuscité dont les Écritures disent : « Vous le verrez là comme il vous l'a dit » (Mc 16-7). Maintenant que je suis retourné à Mylasandra, je vais continuer dans la même direction au niveau de ma foi.



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Après cela, j'ai fait un pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de la Bonne Santé à Velankanni. Il est situé à environ 240 km au sud de Tiruvannamalai, sur la côte est. Je me suis arrêté à mi-chemin pour saluer un ami, le Père Paul Segar. Nous avons évoqué nos souvenirs d'Alampoondi : mon premier pèlerinage au sanctuaire de Velankanni remonte à mon noviciat4. Depuis, Velankanni s'est développé et offre de nombreux lieux d'hébergement et de prière.


Cette dévotion à la Vierge Marie existe depuis le milieu du XVIe siècle. Elle tire son origine de trois événements distincts : l'apparition de Marie avec l'Enfant Jésus à un garçon du village dans son sommeil, la guérison miraculeuse d'une personne handicapée, vendeur de lait et de beurre et le sauvetage de marins portugais lors d'une tempête meurtrière.

J'ai été accueilli dans une maison d'hôtes pour prêtres et religieux, avec hébergement gratuit. Il y avait beaucoup de pèlerins. Mon pèlerinage à Notre-Dame et à saint Joseph pour demander leur bénédiction était également une préparation à deux semaines de retraite silencieuse. Ce ne fut pas une préparation paisible, mais plutôt une période de solitude et de désert. J'ai commencé à me questionner : qu’est-ce que je faisais ici ? Il y avait vraiment beaucoup de pèlerins, de prêtres et de religieux… Tous étaient bien occupés. Personne à qui partager mes difficultés. J'ai finalement trouvé quelqu'un pour m'écouter, ce fut un bon soulagement.

Aranachala

De retour de ce pèlerinage, le soir du 24 mars, j'ai commencé une retraite silencieuse et solitaire à Kondam, un village situé à environ 16 km de Tiruvannamalai. On m’a permis d’occuper deux petites salles d'une école de formation (People Craft Training Centre) pour une retraite de 14 jours. Frère Anand5, qui connaît le propriétaire, m'a proposé cet endroit : j'ai aimé. Cette école était fermée depuis deux ans à cause de la Covid et d'autres problèmes financiers. Ça a été pour moi un endroit idéal pour ma retraite. Il y avait de l'électricité et de l'eau. Durant la journée, il n'y avait sur le campus que trois travailleurs discrets et la nuit, un vieux gardien et moi-même. Les deux premiers jours, le bruit du trafic sur la route principale a perturbé mon sommeil mais je me suis vite habitué. Je me suis arrangé pour pouvoir cuisiner au gaz. J'ai préparé des plats végétariens simples. Une fois de plus, ce fut un cadeau du Seigneur de pouvoir participer à la messe et à l'adoration presque tous les jours : l'église paroissiale n'était qu'à 600 mètres. Je me suis présenté au curé et à un couvent de religieuses. On ne parlait pas anglais dans ce village de Kondam, mais une famille est venue me saluer à l'église, et nous sommes devenus amis.


Pour préparer ma retraite de 14 jours, j'avais emporté une photo de la Sainte Famille, un petit Nouveau Testament, « Fratelli Tutti » et quelques photocopies de diaires. Trop de livres auraient été trop lourds pour circuler en vélo ! Les lectures de la messe quotidienne étaient dans sur une application de mon téléphone… Malgré ma foi fragile, il me suffisait d'ouvrir mon cœur : les méditations ou les réflexions de chaque jour devenaient limpides.

L'apparition de peur ou d'anxiété en moi a été une vraie nourriture pour ma réflexion, ma méditation et ma prière. J'ai mis sur le papier mes sentiments et essayer de me regarder dans ce miroir. La peur aurait pu me paralyser et me vaincre complètement, mais elle ne l'a pas fait… J’ai demandé à un frère de Thiruvannamalai de venir partager avec moi. La prière a été l’armure que j'ai utilisée pour affronter un démon qui semblait plus fort que moi… J’ai prié spontanément pour demander protection :

• Jésus, tu es présent en moi et autour de moi, tu me protégeras de toutes les peurs de cette nuit, de ces peurs du mal qui me menacent.
            Toi seul as pouvoir sur elles. C'est pourquoi je m'abandonne à toi avec confiance.

• Notre Père au Ciel, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.

• Je m'abandonne entre tes mains.

• Marie (Joseph), notre mère, intercède pour moi.

Ce temps de retraite a été précieux, une occasion à ne pas le laisser passer.


Un deuxième temps de ma retraite a consisté à faire un voyage dans le temps, à travers les 48 ans de ma vie religieuse : me replonger dans ma vie passée à différents moments et en différents lieux et revivre des situations marquantes : à la fraternité de Mumbai (j’y ai vécu avec Vishwas6), à celle d'Hyderabad, à celles de Tanzanie, et actuellement à celle de Mylasandra. Les événements ou les crises de notre passé ont des répercussions sur nos situations présentes.

Merci de votre patience et de votre compréhension à la lecture de mon long récit de vie.


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1 Communauté Emmaüs

2  Dans l'hindouisme, un « sanyasi » est un ascète religieux qui renonce totalement aux biens matériels et aux plaisirs du monde. En général, il est dans un stade avancé de sa vie,
    généralement après l'abandon des responsabilités familiales et sociales. Il vit de la charité des gens de bonne volonté.

3  En bordure de la ville de Thiruvanamalai, il y a une fraternité de Petits Frères de Jésus avec Arnand et Xavier.

4 Yesudas a fait son noviciat au noviciat des Petits Frères de Jésus à Alampoondi en 1977-78

5  De la fraternité de Thiruvannamalai

6  Après avoir vécu en fraternité en Inde avec Yesudas, Bartolomeo Dias (connu sous le nom de Vishwas ou de Batu) a passé de longues années à New York et à la fraternité de Ciudad Hidalgo (Mexique).
     Il a dû quitter cette fraternité à cause de la maladie, il a fini ses jours à Bangalore en juillet 2021 dans un établissement tout près des frères.