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Depuis
longtemps je n’ai pas écrit de diaire et, suite à la demande
persévérante de Daniel, je me suis mis à la tâche. Voilà sept
années que j’ai quitté La Roque d’Anthéron pour rejoindre la
fraternité de Villeneuve la Garenne. C’était comme passer de la
campagne à la ville. De plus, il s’agit d’une fraternité de six
frères en deux lieux avec des rencontres hebdomadaires régulières
autour de l’Eucharistie et du repas pris ensemble.
Ainsi
se réalisait un rêve que je portais depuis longtemps : vivre
en HLM
dans un quartier populaire. Vraiment je m’y sens heureux, avec
cette diversité de cultures, d’âges, de croyances. Les lieux
d’engagement sont multiples dans cette banlieue de Paris.
Je
souhaitais continuer dans la ligne de ce que j’avais expérimenté
auparavant, c’est-à-dire l’accompagnement de personnes âgées,
les malades, les patients avec handicaps. La chance m’a permis
d’entrer à l’hôpital, proche de chez nous, d’abord comme
patient lors de ma fracture du fémur, et ensuite comme bénévole.
Le médecin-chef de cet hôpital, très humaniste, souhaitait mettre
sur pied une équipe de bénévoles pour encourager les malades ;
de fait il réalisait que les docteurs pouvaient répondre surtout
aux besoins techniques des patients mais peu aux besoins de leur
moral.
.
Donc l’idée est venue d’ouvrir une « cafète »
dans cet établissement pour y accueillir les malades et leurs
visiteurs autour d’une boisson préparée et servie par des
bénévoles. Il s’agit d’un petit hôpital de 250 chambres dont
une partie est occupée de façon permanente par des patients avec de
lourds handicaps, donc très dépendants (traumatisés crâniens,
A.V.C.,
paralysés…) La cafète est ouverte chaque après-midi de la
semaine et c’est un lieu de belles rencontres. La confrontation
avec la souffrance, la maladie et même la mort suscite beaucoup de
questions et de dialogue. Servir à la cafète signifie écouter,
compatir, encourager, chercher du sens, rencontrer la « part de
divin » en chaque personne… Nous sommes une douzaine de
bénévoles très divers, chrétiens, musulmans, agnostiques. Chaque
mois, nous nous retrouvons pour un pique-nique et pour faire le point
ensemble et, chaque semaine, nous pouvons nous regrouper avec un
psychothérapeute qui nous aide à relire notre vécu.

L’autre
lieu de mon engagement dans ce quartier est au sein de la communauté
chrétienne. C’est une paroisse très colorée qui met ensemble des
croyants venant de partout, des Caraïbes, d’Afrique, des
Philippines pour ne citer que les plus nombreux. Tout un défi que
d’essayer de vivre la communion dans une telle diversité !
J’ai accepté d’être membre de l’Equipe d’Animation
Pastorale (E.A.P.) de notre paroisse et je dois avouer que j’ai
souvent l’impression de ramer à contre-courant, le souci
« piétiste » (liturgie, prières…) est plus important
que le souci social. Malgré cela, comme accompagnateur de
catéchumènes, je découvre, à chaque fois, les chemins multiples
par lesquels le Seigneur nous rejoint et fait des merveilles par-delà
les obstacles et les difficultés qui parsèment les vies de ces
nouveaux croyants. Quelques femmes du Cap-Vert m’ont sollicité
pour des partages d’Evangile : un samedi par mois, nous
essayons de lire ensemble les textes du dimanche et de nous offrir ce
que l’Esprit-Saint nous révèle.
Un autre défi est celui des
rencontres inter-religieuses. Notre quartier est habité par une
forte majorité de musulmans. Les relations au quotidien sont
fraternelles et s’expriment aussi dans des activités communes :
rencontres, prières, repas. Avec une petite sœur du Sacré-Cœur,
je participe à un groupe appelé « mes-tissages » qui
rassemble des femmes, pour la plupart maghrébines ; elles font
de la couture, du tissage, de la cuisine ; par exemple, elles
préparent des gâteaux qui sont offerts ensuite aux malades à la
cafète de l’hôpital. Ce vivre ensemble dans l’harmonie et dans
le respect de nos différences m’enthousiasme.

Dans
cette présence en quartier populaire, je trouve aussi du soutien
auprès des membres de d’autres communautés religieuses. Je suis
rattaché à une équipe de révision de vie FEDEAR qui regroupe des
religieuses et religieux de différentes congrégations ;
ensemble, régulièrement nous nous retrouvons pour un repas, une
révision de vie et un temps de prière. Ces partages sont
ressourçants car ils nous aident à mieux découvrir l’action du
Seigneur dans les personnes que nous rencontrons et à ré-inventer
notre action communautaire.
Enfin
j’ai aussi souvent le loisir de me promener dans les rues de notre
quartier et, ainsi, de croiser l’un ou l’autre pour un petit
échange gratuit . Toutes ces rencontres nourrissent ma prière.
Marcher
à la suite de Jésus dans ce quartier n’est-ce pas le rencontrer
jour après jour dans ce compagnonnage avec ces habitants en quête
de sens ? Si la lecture des Evangiles révèle l’amour
inconditionnel du Père pour chacune de ses créatures, quelle joie
de découvrir comment chaque personne apprend à se tenir « debout »
malgré les difficultés rencontrées. Tel est l’objectif de nos
révisions de vie : découvrir le « salut » à
l’œuvre dans la vie des personnes laissées-pour-compte parce que
malades, handicapées, étrangères, isolées…

En
ce jour de la Toussaint, je rends grâce à Dieu pour sa présence au
cœur de ces habitants auxquels Jésus s’identifie, pour tous ces
pèlerins d’espérance avec lesquels j’ai la joie de marcher vers
le Salut. Bonne fête de la Toussaint à chacun de vous !
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