Villeneuve par SisleyPont peint par Sisley




 Villeneuve la Garenne

      

Paul Andre

Depuis longtemps je n’ai pas écrit de diaire et, suite à la demande persévérante de Daniel, je me suis mis à la tâche. Voilà sept années que j’ai quitté La Roque d’Anthéron pour rejoindre la fraternité de Villeneuve la Garenne. C’était comme passer de la campagne à la ville. De plus, il s’agit d’une fraternité de six frères en deux lieux avec des rencontres hebdomadaires régulières autour de l’Eucharistie et du repas pris ensemble.

Ainsi se réalisait un rêve que je portais depuis longtemps : vivre en HLM1 dans un quartier populaire. Vraiment je m’y sens heureux, avec cette diversité de cultures, d’âges, de croyances. Les lieux d’engagement sont multiples dans cette banlieue de Paris.

Je souhaitais continuer dans la ligne de ce que j’avais expérimenté auparavant, c’est-à-dire l’accompagnement de personnes âgées, les malades, les patients avec handicaps. La chance m’a permis d’entrer à l’hôpital, proche de chez nous, d’abord comme patient lors de ma fracture du fémur, et ensuite comme bénévole. Le médecin-chef de cet hôpital, très humaniste, souhaitait mettre sur pied une équipe de bénévoles pour encourager les malades ; de fait il réalisait que les docteurs pouvaient répondre surtout aux besoins techniques des patients mais peu aux besoins de leur moral.
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Cafet
    Donc l’idée est venue d’ouvrir une « cafète2 » dans cet établissement pour y accueillir les malades et leurs visiteurs autour d’une boisson préparée et servie par des bénévoles. Il s’agit d’un petit hôpital de 250 chambres dont une partie est occupée de façon permanente par des patients avec de lourds handicaps, donc très dépendants (traumatisés crâniens, A.V.C3., paralysés…) La cafète est ouverte chaque après-midi de la semaine et c’est un lieu de belles rencontres. La confrontation avec la souffrance, la maladie et même la mort suscite beaucoup de questions et de dialogue. Servir à la cafète signifie écouter, compatir, encourager, chercher du sens, rencontrer la « part de divin » en chaque personne… Nous sommes une douzaine de bénévoles très divers, chrétiens, musulmans, agnostiques. Chaque mois, nous nous retrouvons pour un pique-nique et pour faire le point ensemble et, chaque semaine, nous pouvons nous regrouper avec un psychothérapeute qui nous aide à relire notre vécu.

Parc


    L’autre lieu de mon engagement dans ce quartier est au sein de la communauté chrétienne. C’est une paroisse très colorée qui met ensemble des croyants venant de partout, des Caraïbes, d’Afrique, des Philippines pour ne citer que les plus nombreux. Tout un défi que d’essayer de vivre la communion dans une telle diversité ! J’ai accepté d’être membre de l’Equipe d’Animation Pastorale (E.A.P.) de notre paroisse et je dois avouer que j’ai souvent l’impression de ramer à contre-courant, le souci « piétiste » (liturgie, prières…) est plus important que le souci social. Malgré cela, comme accompagnateur de catéchumènes, je découvre, à chaque fois, les chemins multiples par lesquels le Seigneur nous rejoint et fait des merveilles par-delà les obstacles et les difficultés qui parsèment les vies de ces nouveaux croyants. Quelques femmes du Cap-Vert m’ont sollicité pour des partages d’Evangile : un samedi par mois, nous essayons de lire ensemble les textes du dimanche et de nous offrir ce que l’Esprit-Saint nous révèle.


Un autre défi est celui des rencontres inter-religieuses. Notre quartier est habité par une forte majorité de musulmans. Les relations au quotidien sont fraternelles et s’expriment aussi dans des activités communes : rencontres, prières, repas. Avec une petite sœur du Sacré-Cœur, je participe à un groupe appelé « mes-tissages » qui rassemble des femmes, pour la plupart maghrébines ; elles font de la couture, du tissage, de la cuisine ; par exemple, elles préparent des gâteaux qui sont offerts ensuite aux malades à la cafète de l’hôpital. Ce vivre ensemble dans l’harmonie et dans le respect de nos différences m’enthousiasme.

Salon


Dans cette présence en quartier populaire, je trouve aussi du soutien auprès des membres de d’autres communautés religieuses. Je suis rattaché à une équipe de révision de vie FEDEAR qui regroupe des religieuses et religieux de différentes congrégations ; ensemble, régulièrement nous nous retrouvons pour un repas, une révision de vie et un temps de prière. Ces partages sont ressourçants car ils nous aident à mieux découvrir l’action du Seigneur dans les personnes que nous rencontrons et à ré-inventer notre action communautaire.


Enfin j’ai aussi souvent le loisir de me promener dans les rues de notre quartier et, ainsi, de croiser l’un ou l’autre pour un petit échange gratuit . Toutes ces rencontres nourrissent ma prière.

Marcher à la suite de Jésus dans ce quartier n’est-ce pas le rencontrer jour après jour dans ce compagnonnage avec ces habitants en quête de sens ? Si la lecture des Evangiles révèle l’amour inconditionnel du Père pour chacune de ses créatures, quelle joie de découvrir comment chaque personne apprend à se tenir « debout » malgré les difficultés rencontrées. Tel est l’objectif de nos révisions de vie : découvrir le « salut » à l’œuvre dans la vie des personnes laissées-pour-compte parce que malades, handicapées, étrangères, isolées…

Chapelle





En ce jour de la Toussaint, je rends grâce à Dieu pour sa présence au cœur de ces habitants auxquels Jésus s’identifie, pour tous ces pèlerins d’espérance avec lesquels j’ai la joie de marcher vers le Salut. Bonne fête de la Toussaint à chacun de vous !


Pont            


1 Habitat à Loyer Modéré.

2 Cafétéria.

3 Victimes d’un Accident Cardio-Vasculaire.